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EMA : prévisibilité des dépôts d’AMM

EMA : prévisibilité des dépôts d’AMM

Dans le dernier rapport publié par le groupe de travail conjoint entre l’EMA et l’industrie, l’agence mentionne que la prévisibilité des dépôts de demandes d’AMM en procédure centralisée montre enfin un léger mieux même si les efforts doivent se poursuivre.

Depuis plusieurs années, l’Agence Européenne du Médicament (EMA) fait face à une difficulté croissante : anticiper correctement les dates de dépôt des AMM initiales. Cette imprévisibilité complique la planification des ressources, un problème devenu particulièrement aigu pendant la pandémie, lorsque les capacités d’évaluation étaient déjà sous tension.

En 2022, un groupe de travail dédié a été créé pour analyser les causes de ces décalages et proposer des actions correctives. Un premier rapport publié en 2023 avait conclu que les mesures engagées n’avaient pas permis d’améliorer significativement la situation.

Le nouveau rapport, fondé sur un suivi rapproché du pipeline au second semestre 2024, montre une évolution encourageante :

  • 57 % des dossiers ont été déposés à la date annoncée, contre 48 % en 2023.
  • Les dépôts retardés mais réalisés dans l’année sont passés de 13 % à 8 %.
  • Environ un quart des dossiers restent toutefois reportés à l’année suivante, un niveau inchangé.

Les entreprises ont prévenu l’EMA de leurs retards avec un préavis allant de 3 à 146 jours, pour une moyenne de 51 jours. La majorité des reports restent tardifs : plus de 60 % des notifications sont envoyées moins de 60 jours avant la date prévue, et moins de 10 % dépassent les 90 jours de préavis jugés acceptables par l’agence.

L’EMA note une amélioration du taux de réponse aux sollicitations : plus de 90 % des entreprises ont confirmé ou mis à jour leur date de dépôt lorsqu’elles ont été contactées trois mois avant l’échéance. Parmi celles ayant modifié leur calendrier, 73 % ont fourni une justification.

Cependant, l’agence estime que la qualité des explications reste trop limitée pour permettre une analyse fine des causes de retard et la mise en place de solutions ciblées.

Le manque de prévisibilité continue de perturber fortement l’organisation interne de l’EMA. Les changements tardifs de calendrier entraînent une réallocation urgente des ressources, créant une « perturbation majeure » dans la planification des évaluations.

L’agence rappelle qu’elle ne dispose pas de base légale pour imposer des obligations plus strictes en matière de préavis. Elle mise donc sur une intensification des actions de communication pour sensibiliser les entreprises aux conséquences de ces retards sur l’ensemble du réseau réglementaire.

L’EMA indique qu’elle ne prévoit pas de poursuivre un suivi systématique aussi détaillé que celui mené en 2024. L’agence souhaite désormais concentrer ses efforts sur de nouvelles approches, qui pourraient être intégrées dans le cadre de la future législation pharmaceutique européenne.

Source : EMA, RAPS

Cancer du pancréas : une avancée thérapeutique majeure se dessine

Cancer du pancréas : une avancée thérapeutique majeure se dessine

Un nouveau médicament ciblé, le daraxonrasib, a démontré des résultats sans précédent dans un essai clinique international de phase 3, en doublant l’espérance de survie de patients atteints de formes métastatiques déjà traitées.

Le cancer du pancréas demeure l’un des grands défis de l’oncologie moderne. En France, plus de 13 000 décès sont recensés chaque année et la survie à cinq ans reste inférieure à 10 %, principalement en raison de diagnostics tardifs et d’un arsenal thérapeutique limité. Malgré les progrès réalisés dans d’autres cancers, cette pathologie restait jusqu’ici relativement à l’écart des avancées majeures. 

Développé par le laboratoire américain Revolution Medicines, le daraxonrasib agit en inhibant les protéines RAS, impliquées dans la prolifération cellulaire. Ces mutations sont présentes dans environ 90 % des cancers du pancréas, ce qui fait de cette cible un levier thérapeutique particulièrement stratégique. 1

L’essai de phase 3 a inclus 460 patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique après échec d’une première ligne de chimiothérapie. Les résultats montrent une survie globale moyenne de 13,2 mois, contre 6,7 mois avec la chimiothérapie standard, soit un quasi-doublement de l’espérance de vie. 1

Les résultats ont suscité un vif intérêt au sein de la communauté oncologique internationale. Pour le Pr Brian M. Wolpin (Université Harvard), investigateur principal de l’étude, cette thérapie ciblée représente une avancée « claire et hautement significative » pour des patients disposant de très peu d’options thérapeutiques. 1

Autre point notable : le profil de tolérance favorable du traitement. Les effets indésirables observés, principalement cutanés, sont restés majoritairement modérés, sans toxicité grave rapportée.

Fait marquant, une partie de l’essai a été menée en France, notamment à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif, avec une soixantaine de patients inclus. Les cliniciens impliqués évoquent des résultats « jamais observés auparavant » dans cette indication. 1

Revolution Medicines a d’ores et déjà déposé une demande d’autorisation de mise sur le marché auprès de la FDA. Si le calendrier se confirme, le daraxonrasib pourrait être disponible aux États-Unis dans les prochains mois, et en Europe dans un délai estimé d’un à deux ans. 1

Au-delà de ce médicament, ces résultats renforcent l’intérêt des stratégies ciblant les cancers dépendants des protéines RAS, longtemps considérées comme difficiles à traiter. Ils pourraient marquer un tournant dans le paysage thérapeutique du cancer du pancréas et, plus largement, de certains cancers agressifs aujourd’hui encore orphelins de solutions efficaces.

Source : Journal International de Médecine

Inquiétude autour de l’interdiction des PFAS en Europe

Inquiétude autour de l’interdiction des PFAS en Europe

L’industrie pharmaceutique européenne tire la sonnette d’alarme alors que l’Union européenne avance vers une interdiction large des PFAS.

L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a en effet ouvert, du 26 mars au 25 mai 2026, une consultation publique déterminante dans le cadre d’une révision du règlement REACH, susceptible d’avoir des conséquences majeures pour la fabrication de médicaments.

Très persistants dans l’environnement, les PFAS sont associés à des effets nocifs sur la santé humaine, notamment sur le foie, le développement neurologique, le système immunitaire ou encore la reproduction. Dans son avis définitif publié le 10 mars 2026, le comité d’évaluation des risques de l’ECHA (RAC) a souligné des risques graves, incluant le cancer, et recommande une action réglementaire à l’échelle de l’UE.

Cependant, ces substances sont utilisées à de multiples niveaux dans la chaîne de valeur pharmaceutique : principes actifs, matières premières, réactifs, équipements de production, dispositifs d’administration et emballages. Leur remplacement ne peut donc être envisagé de manière rapide ou automatique.

Les comités scientifiques de l’ECHA (RAC et SEAC) soutiennent globalement une interdiction des PFAS, tout en prévoyant des dérogations ciblées et temporaires lorsque l’absence d’alternatives est démontrée. Le comité d’analyse socio‑économique (SEAC) propose ainsi, pour certains dispositifs médicaux, une dérogation de 13,5 ans après l’entrée en vigueur du futur règlement – attendue vers 2029‑2030.

En revanche, le SEAC considère qu’une dérogation illimitée pour les principes actifs pharmaceutiques n’est pas suffisamment justifiée à ce stade, contredisant la position de plusieurs États membres.

Dans un communiqué du 26 mars, la Fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques (EFPIA) se dit « profondément préoccupée » par ces orientations. Selon l’organisation, l’absence de dérogation illimitée pourrait conduire au retrait du marché de nombreux médicaments essentiels dans les 18 mois suivant l’entrée en vigueur de l’interdiction.

L’EFPIA estime qu’au moins 139 principes actifs contenant des PFAS sont actuellement utilisés et que plus de 650 médicaments figurant sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS pourraient être concernés. Elle rappelle que toute substitution nécessite d’importants travaux de R&D, suivis de procédures réglementaires longues et complexes, incompatibles avec des délais trop courts.

L’ECHA invite les parties prenantes à contribuer via plusieurs questionnaires sectoriels ou transversaux :

PFAS SEAC draft opinion consultation

SEAC draft opinion and RAC final opinion

SEAC sector evaluation: medical devices

Background dossier reviewed by SEAC and RAC

Les experts du droit réglementaire soulignent l’importance de cette étape : certaines dérogations pourraient ne pas être retenues par la Commission européenne si elles ne sont pas solidement étayées par des données techniques et économiques.

Pour les acteurs du secteur, cette consultation représente une opportunité clé de documenter l’absence d’alternatives viables, d’alerter sur les impacts potentiels sur l’accès aux soins et d’influencer un cadre réglementaire qui façonnera durablement l’industrie pharmaceutique européenne.

Source : RAPS

EMA : prévisibilité des dépôts d’AMM

Conduite des essais cliniques en situation d’urgence sanitaire

Face aux crises sanitaires majeures, L’Union européenne dévoile une nouvelle feuille de route pour transformer la conduite des essais cliniques en situation d’urgence.

Dans le cadre de l’initiative européenne ACT EU (Accélérer les essais cliniques dans l’UE), un nouveau projet de lignes directrices vient préciser comment concevoir, adapter et conduire les essais cliniques lors d’une urgence de santé publique. Actuellement soumis à consultation jusqu’au 30 avril 2026, ce document marque une étape clé dans l’évolution du cadre réglementaire européen, en intégrant les enseignements tirés de la pandémie de COVID-19 et les dernières recommandations internationales.

En contexte d’urgence sanitaire, les autorités européennes reconnaissent la nécessité d’accélérer les processus réglementaires. Toutefois, cette accélération doit impérativement préserver deux piliers fondamentaux :

  • la sécurité et les droits des participants,
  • l’intégrité et la fiabilité des données scientifiques.

Le document insiste sur une approche « proportionnée au risque », permettant d’adapter les exigences réglementaires en fonction du contexte sans compromettre les standards éthiques.

Lancement et priorisation des essais

Face à une crise sanitaire, la production rapide de données fiables est essentielle. Le nouveau guide met en place des mesures permettant d’accélérer l’autorisation de nouveaux essais cliniques, de simplifier / prioriser l’évaluation des modifications d’essais en cours et d’optimiser les interactions avec les autorités réglementaires.

Les promoteurs sont notamment encouragés à solliciter un accompagnement scientifique auprès du groupe d’urgence (ETF) de l’Agence européenne des médicaments, afin de garantir des protocoles robustes et adaptés aux enjeux de la crise.

Adaptation des essais en cours

Le texte insiste sur la nécessité d’une grande flexibilité dans la gestion des essais existants. Les essais existants peuvent être modifiés pour répondre à l’urgence : ajout de traitements, modification des critères, extension du recrutement ou arrêt de certains bras. Ces modifications, souvent substantielles, bénéficient de procédures accélérées.

D’autres ajustements permettent d’assurer la continuité des essais (visites à distance, modification du suivi, suspension temporaire de sites, transfert de participants).

Ces changements doivent rester justifiés, proportionnés et soumis à des procédures accélérées d’évaluation.

Digitalisation et décentralisation

Le document met en avant l’importance des outils numériques pour maintenir la continuité des essais :

  • consentement éclairé à distance,
  • suivi des patients via téléconsultation,
  • collecte de données à distance.

Ces approches doivent garantir la confidentialité des données, la traçabilité et la qualité des informations recueillies.

Gestion des traitements expérimentaux

Le nouveau guide prévoit également des mesures visant à assurer la continuité des traitements malgré les contraintes logistiques. En effet, la distribution des médicaments expérimentaux peut être adaptée, notamment via la livraison directe au domicile des patients, le recours à des pharmacies locales et le transfert des participants vers d’autres centres.

Surveillance et qualité des données

Même en situation d’urgence, la surveillance des essais reste essentielle. Le document recommande un monitoring à distance lorsque possible, une priorisation des données critiques et une adaptation des audits et inspections.

Les déviations au protocole sont plus fréquentes en période de crise, mais doivent être analysées et documentées.

Protection des participants

Le consentement éclairé, y compris à distance, doit être rigoureusement obtenu et documenté. La sécurité des participants prime sur toute autre considération.

Coordination et transparence

Une meilleure coordination entre autorités, chercheurs et industriels est jugée indispensable. La transparence des résultats est également encouragée pour éviter les duplications et renforcer la confiance.

En conclusion, ce nouveau guide européen marque une évolution majeure dans la gestion des essais cliniques en situation de crise. Il propose un cadre flexible mais rigoureux, permettant de répondre rapidement aux urgences sanitaires tout en maintenant des standards scientifiques et éthiques élevés : un outil clé pour mieux faire face aux futures crises sanitaires.


Source
 : EMA 

MHRA : développement du programme novateur « AI Airlock ».

MHRA : développement du programme novateur « AI Airlock ».

La MHRA a obtenu 3,6 millions de livres sterling jusqu’en 2029 pour étendre « AI Airlock », son bac à sable réglementaire dédié à l’IA en tant que dispositif médical.

L’Agence britannique de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA) a obtenu un financement de 1,2 million de livres sterling par an pour trois ans (2026–2029) afin d’étendre son programme « AI Air lock », le premier environnement réglementaire contrôlé du Royaume‑Uni dédié à l’IA en tant que dispositif médical (AIaMD). Financé par le « Department of Health and Social Care » (DHSC), ce soutien pluriannuel permettra au programme de dépasser les limites des budgets annuels, favorisant des tests plus ambitieux sur le long terme et un cadre réglementaire plus durable pour les technologies médicales basées sur l’IA.

Dirigé par la MHRA en partenariat avec le DHSC, l’équipe IA du NHS et Team AB (le consortium des organismes agréés britanniques), AI Airlock joue un rôle clé dans la réforme réglementaire nationale sur l’IA. Le programme s’aligne sur les grandes stratégies gouvernementales telles que le Plan d’action sur les opportunités de l’IA, le Plan d’action réglementaire, le Plan décennal pour la santé et le Plan sectoriel pour les sciences de la vie. Les premières phases ont montré que des essais collaboratifs en conditions réelles permettent de détecter tôt les défis réglementaires spécifiques à l’IA, notamment la gestion des risques, l’explicabilité, la réduction des erreurs, et la nécessité d’un suivi continu après la mise sur le marché.

La phase deux explore des problématiques comme les outils diagnostiques basés sur l’IA, les plans de contrôle des changements prédéterminés (PCCP), et l’élargissement du périmètre ou de l’usage prévu des dispositifs IA. Les projets couvrent des technologies variées, dont les modèles de langage, les outils vocaux, et des diagnostics spécialisés pour le cancer ou les maladies rares.

L’agence prévoit de publier les rapports de la phase deux cet été. La MHRA s’appuiera sur ces rapports, ainsi que sur les conclusions de son précédent projet pilote, pour définir la conception de la phase trois et son approche globale de la réglementation de l’IA. L’agence prévoit de communiquer les détails de la phase trois et de lancer un appel à candidatures cette année.

Globalement, AI Airlock vise à encourager une innovation sûre et efficace tout en garantissant la sécurité des patients et en renforçant l’attractivité du Royaume‑Uni pour les innovateurs en technologies médicales.

Source : MHRA