Le Japon clarifie les critères de qualification des diagnostics compagnons en oncologie et les conditions de leur codéveloppement avec les médicaments anticancéreux.
Le 19 octobre 2026, l’Agence japonaise des produits pharmaceutiques et des dispositifs médicaux (PMDA) a publié un nouveau document d’orientation intitulé Points to Consider for the Development of Companion Diagnostics Developed in Parallel with Anti-cancer Drugs.
Élaboré conjointement par les divisions chargées des médicaments anticancéreux, des logiciels médicaux et des diagnostics in vitro, ce document précise les critères permettant de déterminer lorsqu’un test doit être considéré comme un diagnostic compagnon (Companion Diagnostic, CDx), ainsi que les attentes réglementaires concernant son développement parallèlement au médicament associé.
Cette publication, présentée sous la forme d’une Early Consideration, ne crée pas de nouvelle obligation réglementaire. Elle complète le cadre japonais existant, notamment la notification PFSB/ELD n° 0701-10 du 1er juillet 2013, qui prévoit en principe des soumissions d’autorisation à des dates rapprochées pour le médicament et son diagnostic compagnon.
Déterminer précocement le statut de diagnostic compagnon
La PMDA souligne que la qualification d’un test comme CDx doit résulter d’une analyse de sa contribution à l’utilisation sûre et efficace du traitement anticancéreux.
Trois éléments sont notamment à considérer :
- La nécessité clinique du test, notamment pour sélectionner les patients susceptibles de bénéficier du traitement, optimiser la posologie ou déterminer si le traitement doit être interrompu.
- La pertinence biologique du biomarqueur, au regard du mécanisme d’action du médicament et de son rôle dans le développement ou la progression tumorale.
- L’utilisation du test dans les essais cliniques pivots, notamment pour définir les populations éligibles au traitement ou sélectionner les doses administrées.
Un test utilisé uniquement pour diagnostiquer un cancer ou classifier une pathologie ne constitue donc pas nécessairement un diagnostic compagnon.
Lorsque les essais incluent des patients positifs et négatifs pour le biomarqueur, la PMDA recommande également d’examiner le rapport bénéfice/risque du traitement dans chacune des sous-populations et dans la population globale.
Assurer la continuité entre le test clinique et le dispositif commercialisé
Un autre point central concerne la cohérence entre le diagnostic utilisé pendant les essais cliniques pivots et celui destiné à être commercialisé.
La PMDA recommande que le test employé pour sélectionner les patients lors des essais soit, en principe, celui présenté à l’autorisation comme diagnostic compagnon.
Lorsqu’un dispositif différent est envisagé pour la commercialisation, le fabricant doit examiner la possibilité de démontrer leur équivalence analytique, notamment au moyen d’études de concordance (bridging studies).
Cette approche vise à garantir que les patients identifiés en pratique clinique correspondent à la population pour laquelle l’efficacité du médicament a été démontrée. La concordance analytique ne doit toutefois pas être considérée comme une garantie automatique d’équivalence clinique : la suffisance des données dépend des différences entre les tests et de leurs conséquences potentielles sur la sélection des patients.
Anticiper les consultations réglementaires et les autorisations
La PMDA recommande d’engager les discussions réglementaires dès que la nécessité d’un CDx est identifiée et, au plus tard, lors de la consultation relative à la conception de l’essai clinique pivot du médicament.
Les échanges doivent notamment permettre de documenter la justification du recours au diagnostic, les caractéristiques du biomarqueur, les performances analytiques et cliniques du test, les seuils de positivité et les éventuelles différences entre le dispositif expérimental et celui destiné à la commercialisation.
L’agence insiste également sur la coordination des calendriers entre les développeurs du médicament et du diagnostic. Au Japon, le CDx doit en principe bénéficier d’une couverture par l’assurance maladie au moment de l’inscription du médicament anticancéreux au tarif national de remboursement ou, pour un médicament déjà inscrit, au moment de l’autorisation réglementaire pertinente.
Une approche convergente avec l’Europe et les États-Unis, mais des différences de qualification
Cette orientation japonaise rejoint les principes de codéveloppement déjà promus par la FDA américaine, qui recommande, dans la plupart des situations, une autorisation du diagnostic compagnon concomitante à celle du médicament associé.
En Europe, le règlement (UE) 2017/746 encadre spécifiquement les diagnostics compagnons, définis à l’article 2(7) et classés en principe en classe C selon la règle 3(f) de l’annexe VIII. Leur certification implique une évaluation par un organisme notifié ainsi qu’une consultation scientifique de l’EMA ou d’une autorité compétente du médicament, conformément à l’article 48(7) et à l’annexe IX, section 5.2.
Une différence importante subsiste toutefois dans le périmètre de qualification : contrairement à l’approche décrite par la PMDA, les tests servant uniquement à ajuster la posologie d’un médicament chez un patient déjà éligible au traitement ne sont pas nécessairement considérés comme des CDx au sens de l’IVDR, comme le précise la guidance MDCG 2020-16 rev. 5.
Pour les fabricants développant des solutions de médecine personnalisée, cette publication souligne l’importance d’une stratégie réglementaire intégrée dès les premières phases de développement clinique. L’anticipation de la qualification du diagnostic, la validation du biomarqueur et la coordination des programmes cliniques et réglementaires constituent des facteurs déterminants pour sécuriser l’accès au marché des traitements anticancéreux associés à un diagnostic compagnon.
Source principale : PMDA

