L’Anses publie de nouvelles recommandations pour améliorer l’évaluation et la prévention des risques professionnels liés à l’exposition aux substances actives contenues dans les médicaments.
Dans un avis publié en avril 2026, l’Anses s’est penchée sur les risques liés à l’exposition des salariés de l’industrie pharmaceutique aux principes actifs médicamenteux. Ces substances peuvent présenter des effets nocifs pour les travailleurs lorsqu’ils y sont exposés dans le cadre de leurs activités professionnelles.
Les expositions peuvent survenir à toutes les étapes du cycle de vie du médicament : recherche et développement, fabrication des principes actifs, formulation des produits finis, conditionnement, contrôle qualité, maintenance des installations ou encore opérations de nettoyage. Elles concernent aussi bien l’industrie pharmaceutique humaine que vétérinaire.
Des données de toxicité parfois insuffisantes
Contrairement à d’autres substances chimiques, les principes actifs médicamenteux sont évalués principalement dans le cadre de l’autorisation de mise sur le marché des médicaments, avec un objectif centré sur la sécurité des patients ou des animaux traités. Les données toxicologiques disponibles ne sont donc pas toujours adaptées à l’évaluation des risques encourus par les travailleurs, notamment aux premiers stades du développement d’un médicament où les connaissances restent limitées.
Par ailleurs, les principes actifs et les médicaments finis bénéficient d’exemptions à certaines dispositions des règlements européens REACh et CLP. Si ces exemptions ne dispensent pas les employeurs de leurs obligations en matière de santé et de sécurité au travail, elles limitent la production et le partage d’informations utiles pour l’évaluation des dangers et des risques professionnels.
Harmoniser l’évaluation des risques
Face au manque de données disponibles en phase précoce de développement, les entreprises pharmaceutiques utilisent généralement une méthode de gestion graduée des risques appelée « control banding ». Cette approche permet de classer les substances selon leur niveau de danger supposé et d’associer à chaque catégorie des mesures de prévention adaptées.
Toutefois, l’Anses constate que les méthodes actuellement utilisées varient fortement d’une entreprise à l’autre. L’Agence recommande donc d’harmoniser les pratiques au niveau du secteur afin de garantir une évaluation plus cohérente des dangers et une meilleure protection des salariés. Elle souligne également que cette approche doit rester transitoire et être remplacée dès que possible par des évaluations fondées sur des données toxicologiques plus robustes.
Privilégier la surveillance biologique des expositions
Les travailleurs peuvent être exposés par inhalation, contact cutané ou ingestion accidentelle. Dans ce contexte, la surveillance biologique des expositions apparaît comme la méthode la plus pertinente pour évaluer l’exposition réelle des salariés, puisqu’elle permet de prendre en compte l’ensemble des voies d’exposition.
L’Agence recommande ainsi de développer prioritairement des valeurs limites biologiques (VLB), complétées si nécessaire par des valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP). Les mesures atmosphériques et surfaciques conservent néanmoins un rôle essentiel pour identifier les sources de contamination et vérifier l’efficacité des mesures de prévention mises en place.
Améliorer le partage d’informations
Enfin, l’Anses préconise une meilleure coordination entre les acteurs du secteur afin de produire des valeurs de référence communes pour un même principe actif et de garantir leur traçabilité. Elle recommande également de partager ces informations avec les sous-traitants, les services de prévention et les médecins du travail.
L’Agence encourage par ailleurs le renforcement des échanges entre médecins du travail et médecins traitants afin de mieux prendre en compte les interactions potentielles entre les expositions professionnelles et les traitements médicamenteux suivis par les salariés.
L’objectif de ces recommandations est de garantir une meilleure protection des travailleurs en réduisant les expositions au niveau le plus bas possible et en facilitant l’accès aux données nécessaires à une évaluation fiable des risques.
Source : Ordre des pharmaciens

