Face à l’urgence climatique et aux exigences croissantes de performance environnementale, la filière française des industries et technologies de santé se dote d’une nouvelle feuille de route stratégique.
Cette nouvelle feuille de route trace le chemin vers une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre, tout en préservant souveraineté sanitaire, qualité des médicaments et compétitivité industrielle.
La filière pharmaceutique a engagé sa transition carbone très récemment. Si les directions générales portent désormais le sujet et l’intègrent au pilotage stratégique, 20 % des filières de santé n’ont encore mis en place aucune action. Le bilan carbone progresse mais reste insuffisamment généralisé : 60% des acteurs de la filière pharmaceutique n’en n’avaient pas encore réalisé fin 2022, 55% dans le DM et le DIV fin 2024.
Les industries et technologies de santé émettent environ 25 MtCO₂eq en 2022, dont 16 MtCO₂eq pour les médicaments, 8 MtCO₂eq pour les dispositifs médicaux et DIV, et 0,6 MtCO₂eq pour la santé animale. Les scopes 1 et 2 ne représentent que 5 % des émissions, confirmant la prédominance du scope 3, notamment les approvisionnements, premier poste avec 45 à 60 % des émissions. La logistique constitue le deuxième poste (jusqu’à 15 % selon les segments), suivie de l’énergie et des procédés industriels, particulièrement marqués en chimie fine. L’usage et la fin de vie des produits complètent l’empreinte, avec une forte variabilité selon les catégories. Les progrès depuis 2015 restent modestes, avec seulement –4 % pour le médicament et –2 % pour les DM/DIV. D’ici 2030, la filière vise une réduction globale d’environ –25 %, portée par des objectifs ambitieux : –30 à –35 % pour le médicament, –20 % pour les DM/DIV et –15 % pour la logistique.
La feuille de route met en évidence un potentiel de décarbonation important, mais variable selon les segments. Les DM et DIV avancent plus lentement que le médicament, car leur impact dépend fortement des usages, de l’écoconception et de l’évolution des pratiques, qui s’inscrivent dans le temps long. Depuis 2015, des progrès significatifs ont été réalisés dans la mobilité, les bâtiments, les utilités et l’énergie, avec une poursuite attendue d’ici 2030. En revanche, la décarbonation des procédés industriels reste limitée, freinée par la complexité technique, réglementaire et économique, malgré l’émergence de nouveaux procédés chimiques prometteurs. Les approvisionnements constituent un levier majeur, qu’il s’agisse des intrants chimiques pour les médicaments ou des matériaux plastiques pour les DM, avec un fort potentiel via les solvants verts et les matériaux biosourcés ou recyclés. La logistique poursuit une transition régulière depuis 2015, tandis que la gestion des déchets et de la fin de vie des produits nécessite des évolutions réglementaires et une meilleure coordination entre acteurs.
Les industries et technologies de santé disposent de nombreux leviers pour réduire leurs émissions, mais leur potentiel de décarbonation ne pourra être pleinement réalisé sans lever plusieurs contraintes et instaurer un cadre incitatif cohérent entre fabricants, professionnels de santé et régulateurs. Pour accélérer la transition, il est essentiel de valoriser les produits à faible empreinte carbone, d’adapter la réglementation pour réduire les freins administratifs, et de favoriser des arbitrages bas‑carbone dans les approvisionnements, la R&D, les procédés et les investissements. La filière doit aussi réduire l’impact environnemental de la distribution, et améliorer l’usage et la fin de vie des produits grâce à une coopération renforcée avec les acteurs du recyclage et les établissements de santé. Le groupe de travail formule 15 propositions pour soutenir cette transition, qui doit s’inscrire dans une vision plus large d’industrie de santé verte, mais aussi de souveraineté industrielle et sanitaire :
- Renforcer la prise en compte des efforts de décarbonation dans la politique tarifaire et au sein des marchés publics hospitaliers
Proposition 1 - Se doter de méthodologies partagées d’empreinte carbone et prendre en compte les efforts de décarbonation dans l’évaluation technico-économique des produits
Proposition 2 - Faciliter les demandes de variation du dossier d’AMM ou de certification CE contribuant à la décarbonation
Proposition 3 - Adapter et lever les difficultés de cohérence entre le cadre réglementaire européen et les règlementations transversales nationales pour faciliter la transition écologique
Proposition 4 - Disposer d’un guichet unique pour les entreprises des industries et technologies de santé, d’accompagnement de leur transition environnementale
Proposition 5 - Favoriser la production et l’approvisionnement local d’API et intrants chimiques
Proposition 6 - Favoriser la production et l’approvisionnement en matériaux biosourcés, recyclables et recyclés et d’alternatives à des matériaux visés par une interdiction
Proposition 7 - Soutenir la transition énergétique des industries et technologies de santé
Proposition 8 - Pérenniser et encourager les mécanismes financiers additionnels de soutien à la R&D et à la production bas carbone en adressant la diversité des entreprises
Proposition 9 - Optimiser les packagings et les conditions de conservation des produits : bonnes pratiques d’écoconception et de distribution en gros
Proposition 10 - Inciter à la rationalisation des commandes à l’émission & optimiser les flux
Proposition 11 - Optimiser la consommation des produits de santé en renforçant la coopération dans les relations clients/fournisseurs au sein de l’écosystème de santé
Proposition 12 - Optimiser l’empreinte matière des produits de santé et leur consommation énergétique en phase usage
Proposition 13 - Optimiser la valorisation matière des produits de santé en fin de vie
Proposition 14 - Sensibiliser les patients et mobiliser l’écosystème santé r/ décarbonation
Proposition 15
La filière pharmaceutique française dispose d’un important potentiel de décarbonation, encore largement sous‑exploité. Les avancées récentes témoignent d’une dynamique réelle, portée par les acteurs les plus engagés. Le défi consiste désormais à mobiliser les 20 % d’acteurs encore inactifs, à lever les freins réglementaires et à mieux valoriser les efforts environnementaux. En réunissant ces conditions, la France pourra consolider son ambition de devenir un leader européen de la santé bas carbone.
Source : Direction générale des entreprises


